Ma tr√®s grosse entreprise ne conna√Æt pas la crise.

juillet 14, 2009

Malgré deux mois d'interruption d'Affordance, le monde ne s'est pas arrêté de tourner, et dans le monde qui nous préoccupe, il s'est passé plein de choses du côté du géant de Mountain View. Petite revue de liens :

  • Colonne vert√©brale de donn√©es et coeur battant d'algorithmie
  • on commence par l'impressionnante visite de l'un des centres n√©vralgiques du cloud computing plan√©taire, les fameux DataCenters de Google. Visite guid√©e en vid√©o √† suivre chez PCImpact et √©galement reprise par Jean-Michel Salaun.
  • apr√®s la colonne vert√©brale (DataCenters) on encha√Æne avec le coeur palpitant de la firme, √† savoir son algorythme et cet article qui liste
    la manière dont 4 de ses critères ont évolué dans le temps. Des 4
    critères retenus, c'est celui de l'autorité du domaine d'hébergement
    ("trust/authority of host domain") qui fait apparaître la hausse la
    plus significative. Rappelons par ailleurs qu'en 2008 il y eut pas moins de 450 substantielles modifications apportées à l'algorithme de Google.
  • Le bras arm√© du t√©l√©chargement …
  • En Chine, Google propose un service de t√©l√©chargement l√©gal de musique. Zorgloob nous apprend que : "Le nombre de titres propos√©s au t√©l√©chargement s'√©l√®ve √† 350 000 et devrait prochainement d√©passer le million. Des accords ont √©t√© nou√©s avec les maisons de disques Sony Music, Warner Music, EMI et Universal Music ajoute Reuters, et c'est avec eux que Google partagera ses recettes publicitaires. C'est le m√™me genre d'accord qui a √©chou√© au Royaume-Uni il y a quelques semaines." Cette nouvelle laisse naturellement pr√©sager de l'arriv√©e d'une offre semblable sur le march√© europ√©en, notamment sur la place laiss√©e libre par la gabegie Hadopienne. Google serait alors rapidement en situation de contr√¥ler la mon√©tisation publicitaire de l'offre en t√©l√©chargement des majors de l'industrie musicale. Ce qui ne serait pas une mince affaire …
  • C√¥t√© coeur : le portefeuille.
  • C√¥t√© gros sous, la publication des derniers r√©sultats financiers de Google peut-√™tre lue de deux mani√®res : c'est la premi√®re fois que ces r√©sultats sont en baisse (moins 3% par rapport au trimestre pr√©c√©dent), mais ces r√©sultats restent en hausse (+ 6% sur un an). Ne connait pas la crise donc. Principalement gr√¢ce au secteur de la publicit√© en ligne qui ne conna√Æt pas (non plus) la crise (m√™me si l'on observe quelques menus ralentissements largement compens√©s par le transfert de gros budgets publicitaires depuis le monde de l'affichage "classique" vers celui de l'affichage "en ligne"), secteur qui ne conna√Æt pas la crise et secteur que Google domine outranci√®rement. Ce qui fait dire aux camarades d'Ecrans que "Google invente la d√©croissance rentable".
  • Ces r√©sultats financiers se retrouvent dans l'impressionnante liste des parts de march√© de Google dans diff√©rents pays du monde

Pdmgoog

  • c√¥t√© mod√®le √©conomique toujours, voir l'analyse de Jean-Michel Salaun sur cet oligopole √† frange qu'est Google, un oligopole jamais en manque d'app√©tit comme le confirment ses r√©centes vis√©es sur LE site du moment : Twitter.
  • Google √† la marge
  • on poursuit par un petit gadget fort utile qui m'avait jusqu'ici √©chapp√© : la traduction de la page des r√©sultats. Exemple ici.

Searchology. Tel est le nom de l'√©v√©nement au cours duquel Google a pr√©sent√© de nouvelles options de recherche. La derni√®re "searchology" s'√©tait tenue il y a deux ans de cela et elle avait vu l'annonce de la recherche universelle. Petite revue de d√©tail … Nota-Bene : ces options sont pour l'instant disponibles uniquement dans la version anglaise du moteur (http://www.google.com). Danny Sullivan en livre l'analyse d√©taill√©e la plus compl√®te et la plus int√©ressante.

  • You're my Wonder Wheel : une oasis de recherche dans le d√©sert de la cat√©gorisation (clustering). Il s'agit l√† d'une repr√©sentation cartographique de l'outil de cat√©gorisation tournant d√©j√† dans Google (affichage tout en haut ou en bas de la premi√®re page de r√©sultats). Ici, Google marque deux points. Le premier parce que la cat√©gorisation est incontestablement une cl√© importante pour le guidage (affinage) des recherches. Sur ce terrain Google avait un temps de retard. Le second parce que cette cat√©gorisation est repr√©sent√©e de mani√®re cartographique. Mais si les moteurs cartographiques sont pl√©thore (Kartoo en t√™te), leur interface graphique charg√©e est tr√®s souvent d√©routante pour l'utilisateur lambda. Avec sa Wonder Wheel, Google allie la puissance de la cat√©gorisation et de la cartographie mais de mani√®re non-d√©routante pour l'usager, sans que celui-ci ait besoin de faire appel √† une acculturation particuli√®re. Comme le rappele Danny Sullivan dans son billet la cat√©gorisation avait √©t√© "invent√©e" (dans le monde des moteurs de recherche) par AltaVista avec son algorithme "Live Topics", notamment d√©velopp√© par un certain Fran√ßois Bourdoncle, actuel PDG d'Exalead. 
  • A la recherche du temps perdu : Google Timeline : dans toute activit√© de recherche d'information, la capacit√© de replacer une information en contexte sur une ligne du temps est un √©norme avantage qualitatif qui permet de trancher dans le quantitatif des r√©sultats d√©livr√©s. Le passage des moteurs √† l'indexation temps r√©el ("world live web") ne doit pas faire oublier l'aspect fondamentalement discriminant qui permet de disposer d'une arch√©ologie (m√™me sommaire) de l'inscription num√©rique des informations diffus√©es en ligne. C'est pr√©cis√©ment pour r√©pondre √† ce besoin que Google propose une fonctionnalit√© de type Timeline. Laquelle fonctionalit√© est remarquablement intuitive : l'affichage se fait d'abord par clusters de "dizaines d'ann√©es" pour, en deux clics, permettre de descendre au niveau du cluster mensuel. Le gros d√©faut de cette Timeline est qu'elle ne permet pas r√©ellement de "dater" une information. Elle se contente de r√©cup√©rer les "ann√©es" figurant dans le coprs du texte. Ainsi, je n'ai pas √©crit d'articles en Juin 1944, mais l'un de mes articles (et mon nom) se retrouve dans un recueil qui comprend √©galement le discours de De Gaulle du 6 Juin 1944. C'est l√† tout le probl√®me de l'information "non-structur√©e" avec laquelle doivent se d√©brouiller les moteurs de recherche. Et c'est ce qui m'am√®ne au troisi√®me point, le moins soulign√© par les diff√©rents analystes, le moins visible √©galement, mais √† mon avis pourtant de loin le plus important.
  • Google embarque sur le web de donn√©es et s'empare des microformats. Ce n'est l√† rien moins que l'entr√©e officielle de Google dans la course au web s√©mantique. Dans un article produit √† l'occasion du dernier s√©minaire INRIA j'√©crivais ceci : "A l‚Äôinverse d‚Äôune approche descendante impliquant que soient d√©j√† franchis les diff√©rents obstacles techniques permettant la mise en ≈ìuvre d‚Äôun web totalement s√©mantique, l‚Äô√©volution des fonctionnalit√©s s√©mantiques des moteurs de recherche suivra plus probablement une approche ascendante, √©mergente. Il s‚Äôagit cette fois de prendre progressivement en compte les diff√©rentes avanc√©es des protocoles, langages et formalismes li√©s au web s√©mantique, non pas de mani√®re globale mais sur des contenus tr√®s cibl√©s, ou dans le cadre de contextes de recherche l√† encore tr√®s sp√©cialis√©s. En Mars 2008, Yahoo ! a ainsi annonc√© qu‚Äôil prendrait en compte le standard RDF ainsi que les microformats. Pour ne prendre que ce dernier exemple, de nombreux d√©veloppements existent actuellement. La derni√®re course de fond engag√©e par les moteurs consistera donc √† en prendre le maximum en compte (sans n√©cessairement attendre une harmonisation globale ou une standardisation univoque de l‚Äôensemble des d√©veloppements  applicatifs en cours), tout en trouvant le moyen de s‚Äôen servir pour ¬´ enrichir ¬ª l‚Äôexp√©rience utilisateur lors d‚Äôune recherche d‚Äôinformation, par exemple en pr√©sentant des r√©sultats de recherche davantage structur√©s ou permettant davantage d‚Äôinteractions synchrones avec d‚Äôautres recherches, d‚Äôautres services, d‚Äôautres terminaux d‚Äôacc√®s. Dit autrement, les moteurs s√©mantiques pourraient fournir une solution aux limitations de la recherche par mot-cl√©." Sur son blog, Google √©crit ainsi : "today we are announcing that some of our snippets are going to get richer. These "rich snippets" extract and show more useful information from web pages than the preview text that you are used to seeing. For example, if you are thinking of trying out a new restaurant and are searching for reviews, rich snippets could include things like the average review score, the number of reviews, and the restaurant's price range (…) In this example, you can quickly see that the Drooling Dog Bar B Q has gotten lots of positive reviews, and if you want to see what other people have said about the restaurant, clicking this result is a good choice. We can't provide these snippets on our own, so we hope that web publishers will help us by adopting microformats or RDFa standards to mark up their HTML and bring this structured data to the surface." L'enrichissement s√©mantique des r√©sultats (rendu possible par l'ajout de microformat du c√¥t√© des utilisateurs qui cr√©ent les contenus) est la face la plus avanc√©e d'un web s√©mantique id√©alis√©. L'autre c√¥t√© de ce r√™ve est l'enrichissement s√©mantique des requ√™tes elles-m√™mes (en s'appuyant par exemples sur des bases de questions). Quand ces deux l√† seront effectifs, c'est √† dire propablement dans quelques – tr√®s – courtes ann√©es, l'exp√©rience de la recherche d'information n'aura alors plus rien √† voir avec celle que l'on ressent aujourd'hui. Et de la m√™me mani√®re qu'il est impossible de faire mesurer √† une jeune internaute √† quel point la recherche sur Gopher ou V√©ronica √©taient √† des ann√©es lumi√®res de ce qu'il conna√Æt aujourd'hui, la recherche s√©mantique de demain (apr√®s-demain ?) renverra √† l'√¢ge de pierre notre pratique actuelle de la recherche d'information.

Et puis pour tout connaître des entrailles du moteur, ne manquez pas la page "ressources" que lui consacre l'URFIST de Rennes.

Enfin pour combler les lacunes de ce billet, lire l'excellente revue de blog opérée par Blogus Operandi.

C’est la sortie …

juillet 13, 2009

Petite revue de liens avant de go√ªter aux joies du repos estival …

Côté édition scientifique et open access :

C√¥t√© strat√©gies num√©riques identitaires : 

Côté Wikipédia

  • L'encyclop√©die fait son entr√©e … dans le catalogue des biblioth√®ques. Un exemple du r√©sultat est visible ici. De fait, et outre le fait que cela semble correspondre aux attentes des usagers, cette strat√©gie me semble √™tre la bonne, notamment pour "banaliser en l'institutionnalisant" l'utilisation de Wikip√©dia par les √©tudiants, plut√¥t que de s'embourber dans les √©ternelles querelles de fiabilit√© ou de risque de plagiat. En y r√©fl√©chissant d'ailleurs davantage, il est aberrant au XXI si√®cle que Wikip√©dia ne soit pas dans les catalogues de biblioth√®ques. Comme il l'aurait √©t√© au XX√®me si√®cle que l'encyclopedia universalis en soit absente.
  • Wikip√©dia travaille par ailleurs √† optimiser son usage, notamment en impl√©mentant sur MediaWiki une interface Wysiwyg moins d√©routante que l'habituelle syntaxe wiki. Aujourd'hui vous voyez donc cela quand vous voulez modifier une page : Wikiavant Demain vous verrez cela : Wikiapres
  • le tout pour la coquette somme de 890 000 $.

C√¥t√©, "c'est l'√©t√©, et si on prenait le temps de r√©fl√©chir" …

Côté "mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir prendre à lire sur la plage cet été ??"


Et puis, c√¥t√© cadeaux de vacances …

Rendez-vous à la rentrée prochaine (fin Août, début Septembre), en espérant que l'année universitaire qui s'annonce soit plus calme que celle qui vient de se terminer.

Hello world!

juillet 9, 2009

Welcome to WordPress.com. This is your first post. Edit or delete it and start blogging!

Mar√©chal nous voil√†. Mais gare au retour de b√¢ton.

juillet 9, 2009

(Billet manifestement écrit sous le coup de la colère, façon grosses trombes d'eau qui font déborder la citerne. J'assume.)

Ici, à Toulouse, on refuse la titularisation à 30 stagiaires IUFM au motif qu'ils ont contesté les réformes en cours.
Là, à Paris, on conditionne la réinscription d'un lycéen (Tristan S.) à "un engagement écrit de ne pas participer à des actions de blocage du lycée".
Là, à Strasbourg, on met en place des sanctions disciplinaires staliniennes contre un employé de l'université (David R.) qui eût le tort d'être l'un des porte-parole de la contestation universitaire de l'année écoulée.
C'est écoeurant. C'est consternant. C'est révoltant. C'est l'air du temps. Faire des exemples. S'attaquer aux individus plutôt qu'aux racines du mal, plutôt qu'au groupe.
Le proviseur du Lyc√©e Maurice Ravel (Paris 20√®me), l'inspectrice g√©n√©rale et l'ensemble du jury acad√©mique de qualification professionnelle qui a ajourn√© la titularisation des 30 stagiaires, M. Alain B√©retz, pr√©sident de l'Universit√© de Strasbourg, pour avoir fait ou laisser faire, tous sont les instruments de la petite France : l√¢chet√©, rancoeur, rancune, caporalisme, pr√™t √† penser. 
On ne saura jamais dans toutes ces affaires s'ils ont agi "sur ordre" ou s'ils ont simplement jugé bon de devancer l'appel et d'apparaître aux yeux de leurs ministères comme de zélés bras armés de la répression et de l'intimidation. Peut-être d'ailleurs ont-ils agi à contrecoeur, sous la pression. Cela ne change rien au résultat. Comme disait l'autre, "nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'occupation."
Que tous ces gens-là comprennent bien et leurs ministères avec eux, que leur attitude n'aura qu'une seule issue : faire de la désobéissance civile
et de l'indiscipline systématique des valeurs nécessaires, des vertus cardinales, et ce y compris pour des "segments sociétaux" ou des "catégories socio-professionnelles" qui n'ont pas pour habitude d'entretenir ce genre de posture, de nourrir ce genre de radicalisme.
Désobéissance et indiscipline.
Pour Tristant Sadeghi, pour David Romieux, pour les 30 stagiaires de l'IUFM de Toulouse, et pour tous les autres dont le nom ne figure pas √† la une des m√©dias ou dans l'en-t√™te d'une p√©tition …

Faites briller les Chromes : Google OS est officialis√©.

juillet 8, 2009

Le 2 Septembre 2008, à propos du lancement du navigateur Google Chrome, j'écrivais ceci :

  • "Apr√®s la migration en ligne des applications (bureautique …), des
    services (logiciels, Saas) et des comportements (dérive des continents
    documentaires), le Web est devenu l'OS (operating system) de demain.
    Manquait encore à cet OS une interface, une fenêtre. Cette fenêtre,
    c'est le navigateur. (…) En Avril 1975, deux √©tudiants am√©ricains fondent leur soci√©t√©. Ils l'appellent Microsoft. 10 ans plus tard, en 1985, la premi√®re version de Windows d√©barque sur le march√© … En Septembre 1998, deux √©tudiants d√©posent le nom de domaine Google.com. 10 ans plus tard …"

Presque 2 ans plus tard, le 7 Juillet 2009, Google officialise la sortie programmée de "son" OS, basé sur "son" navigateur Google Chrome :

  • "the operating systems that browsers run on were designed in an era
    where there was no web. So today, we're announcing a new project that's
    a natural extension of Google Chrome — the Google Chrome Operating
    System. Google Chrome OS is an open source, lightweight operating system that will initially be targeted at netbooks.
    "

Le WebOS c'est quoi ??
Le webOS c'est la migration du "Desktop" (bureau comme
interface du disque dur) vers le "Webtop" (navigateur comme interface de
nos disques durs "en ligne"). Nova Spivack avait rédigé sur le sujet un article de référence qu'il n'est jamais trop tard pour relire : "The future of the Desktop".

Le WebOS c'est quand ??
Pas d'affolement. Ce sera pour la seconde moiti√© de 2010 selon le billet d'annonce de Google. A  moins … √† moins que Microsoft ne lui grille la priorit√© lors de la prochaine annonce de son prochain syst√®me d'exploitation. Laquelle annonce doit intervenir prochainement. Ce qui conduit √† se poser la question de l'opportunit√© d'une telle annonce de la part de Google, √† quelques jours de l'annonce du prochain OS de Microsoft (annonce pr√©vue pour Lundi prochain). Car entre ces deux-l√† c'est naturellement une √©ternelle course √† l'innovation. Et les effets d'annonce … s'ils sont opportun√©ment cibl√©s …
D'ailleurs, finalement, pas besoin d'attendre 2010 pour expérimenter le WebOS : vous l'utilisez tous les jours : chaque fois que vous consultez vos mails en ligne, chaque fois que vous alimentez un compte FLickR ou DailyMotion, chaque fois que vous travaillez sur un Wiki ou échangez et partagez des documents, chaque fois que vous faîtes une recherche sur Google, chaque fois que vous activez un historique de recherche, chaque fois que vous vous identifiez en ligne pour bénéficier d'un service. Le WebOS, vous y êtes déjà !

Le WebOS de Google ressemblera à quoi ??
D'après le billet de Google, il sera Open Source (ce qui permet à la firme de bénéficier des meilleurs développements et de la meilleure diffusion possible à moindre coût), "légér" (c'est à dire qu'à la différence de ses glorieux aînés dont la longue série des Windows, il ne devrait pas nécessiter des kilo-tonnes de ressource mémoire pour lancer une application de traitement de texte). Il sera "rapide", "simple", et "sécurisé", les éternels 3S ("Speed, Simple & Secure").
L'interface sera "minimale" et l'utilisateur, comme dans Google Chrome, n'aura pas à se soucier de problèmes de virus et autres malwares, c'est Google qui se chargera de tout (en maintenant, par exemple, une liste de malwares). Voilà pour la couche de base.
Les applications seront multi-plateformes : "apps will run not only on Google Chrome OS, but on any standards-based
browser on Windows, Mac and Linux thereby giving developers the largest
user base of any platform."
Et je l'installe où mon webOS ? Premiers visés, les Netbooks (mini-pcs). Et naturellement l'ensemble de la gamme des cellulaires, sur laquelle Google est déjà positionné avec Android. Deux développements qui ne sont pas indiqués comme concurrents, mais qui bénéficieront nécessairement de passerelles ou de couches communes de développement. Mais pas seulement. Les ordinateurs du bureau "classiques" sont également visés.

Que retenir de tout ça ??

Ce qui est frappant √† la lecture du billet de Google, c'est l'insistance mise sur les comportements et les attentes "full-web" des utilisateurs (avoir un ordinateur qui "d√©marre vite", consulter ses mails, partager des documents, etc …). Frappant mais loin d'√™tre √©tonnant : tout cela est la suite logique :

  • de la d√©rive des continents documentaires,
  • de l'essor (et de l'optimisation) des terminaux de t√©l√©phonie mobile (dont naturellement l'I-Phone),
  • de la migration "dans les nuages" de l'ensemble des nos comportements informationnels
  • et, in fine, des programmes et outils les sous-tendant.

D'ailleurs, c'est pas pour faire le malin, mais le 21 Avril 2005, Le Monde reprenait √† sa une un billet intitul√© : "Le jour o√π notre disque dur aura disparu." Notre disque dur n'a finalement pas disparu mais (c'√©tait la th√®se d√©fendue dans l'article), il s'est enti√®rement d√©plac√©. Il est aujourd'hui "dans les nuages" (cloud computing). Un peu comme dans la m√©taphore de l'oignon (d√©j√† utilis√©e par d'illustres a√Æn√©s), de couches en couches (d'abord les mails, puis les photos, puis les applications permettant de retoucher les photos, puis les "suites bureautiques", puis le stockage massif de fichiers en tous genres, puis les protocoles de travaux collaboratifs en tous genres, etc …), de couches en couches, ne reste aujourd'hui de feu notre "environnement de travail de bureau" que l'essentiel : un bouton marche-arr√™t, une interface, une cl√© – celle du moteur-monde -, et une porte – celle navigateur plan√©taire. C'est pr√©cis√©ment cet essentiel auquel Google propose aujourd'hui de s'attaquer.

Par le petit bout de la lorgnette.
L'officialisation du lancement d'un OS Google 100% full-web b√¢ti autour de son navigateur ne surprendra donc pas les analystes, m√™me si certains feindront l'√©tonnement ou affirmeront ne pas y croire en indiquant qu'il s'agit l√† pour l'instant d'un simple effet d'annonce. Ce que nous raconte l'annonce de ce prochain webOS, c'est l'inversion totale de la strat√©gie d'√©quipement d'une grande firme industrielle. Les deux approches (Microsoft et Google) sont des sym√©tries parfaitement oppos√©es. Microsoft √† toujours jou√© la carte de la p√©rih√©rie : il s'agissait de fournir le pack complet, de n√©gocier avec les fabriquants pour l'installation par d√©faut de Windows, bref de faire en sorte d'encercler totalement l'utilisateur pour pouvoir ensuite se recentrer sur les services (mises √† jour, nouvelles versions, patchs, anti-virus, etc …). La strat√©gie de Google est d'une immuable centralit√© : Le moteur de recherche √©tait l√† au d√©part, et c'est, encore 10 ans plus tard le m√™me moteur qui conditionne l'existence m√™me du navigateur (gr√¢ce par exemple √† la base de donn√©e constitu√©e en temps r√©el sur les diff√©rents sites de malwares), comme c'est le m√™me moteur de recherche qui conditionne le futur WebOS. Ce que nous raconte l'annonce de Google Chrome au-del√† de l'informatique dans les nuages, c'est que cet OS sera d√©velopp√© pour des utilisateurs qui l'ont (d√©j√†) choisi et resteront libres d'en choisir un autre (libert√© illusoire tant ils sont d√©j√† prisonniers consentants de l'√©cosyst√®me Google). Ce qui l√† encore est l'exact oppos√© – et le principal souci – de Microsoft.
Ce qui est fascinant dans tout cela c'est que la stratégie de Google apparaît limpide, à l'unisson de l'évolution actuelle du web. Comme une métonymie assumée autant que programmatique. Comme une boucle qui s'achève. Où comme un étau qui se resserre encore davantage. Sur chacun de nous. Inexorablement.

<Update de 5 minutes plus tard> A noter √©galement comme une magnifique et prometteuse illustration du WebOS, cette annonce d'un syst√®me d'exploitation complet et open source tenant, avec l'ensemble de ses applications (un 40aine de logiciels √©galement open source), sur une cl√© USB √† 5$ … le tout dans le cadre du programme OLPC (One Laptop Per Child) … On en reparle √† la rentr√©e … </Update>

Z'en parlent aussi :

Universit√©s : quand t’as plus de thunes, va dans I-Tunes.

juillet 8, 2009

(l'auteur de ce billet s'excuse pour le relâchement perceptible dans le titre de ce billet, relâchement principalement dû à l'approche de la déconnexion estivale)

"Depuis quelques mois, Paris Descartes est, avec l’Université de
Nice-Sophia Antipolis, le seul établissement universitaire français
pr√©sent√© sur le site ¬´ iTunes U ¬ª, par le biais duquel notre universit√©
diffuse du matériel pédagogique, des cours et des conférences. Ce site
" iTunes U Paris Descartes" est en seconde position des sites universitaires européens quant au nombre de connexions.
" Editorial d'Axel Kahn (président de ladite université), consultable ici.

A noter que grâce à l'énorme boulot de Sophie Pène (entre autres, mais les autres je les connais pas), Paris-Descartes est également la seule à se soucier de manière proactive (comme disent les manageurs à catogan) de la déclinaison de son identité numérique sur le net, c'est à dire à ne pas simplement faire acte de présence sur Facebook, mais à créer des services et à militer pour leur utilisation et leur dissémination (pour des exemples, voir notamment les diapos 43 à 46 de ce magnifique diaporama).

Et la question de l'été sera donc : mais qu'attendent les autres ???

L’INA brouille l’image, et c’est dommage.

juillet 8, 2009

Je m'étais à l'époque enthousiasmé pour le service "archives pour tous" de l'INA. Et voilà qu'incidemment je découvre plusieurs notables changements concernant la présence web de l'INA.
Primo, un nouveau "portail" public. http://www.ina.fr/ Avec un √©norme bandeau de pub (uniquement pour des services de l'INA) clignotant en haut de page (beurk) et un site portail que plus rien ne distingue des sites vid√©o grand public tels Dailymotion … sauf la fadeur du choix graphique d'ensemble (fond bleu, onglets en d√©grad√© de bleu). J'ignore si cela √©tait ou non l'effet recherch√© (= qu'on ne puisse plus distinguer l'INA de Dailymotion), mais si tel est le cas, j'atteste que c'est r√©ussi.
Plus surprenant, au-dessus de l'immonde bandeau clignotant, un lien vers "
Les sites de l'Ina pour :
les √©tudiants, les universitaires et les professionnels", lien qui renvoie vers l'ancien site de l'INA … mais avec un nouveau nom de domaine disons … davantage centr√© sur les professionnels que sur les universitaires : http://www.ina-entreprise.com/.
Et la ma d√©confiture continue : l'ancienne page du service archives pour tous, est remplac√©e par celle-ci, beaucoup plus … √©pur√©e … et dans laquelle on vous demande d'entr√©e de choisir entre l'espace "professionnels" ou "universitaires". Les "professionnels" ont alors le choix entre le descriptif de deux service payants. Et les "universitaires" peuvent savoir comment √™tre accr√©dit√© pour visiter l'INA ou alors consulter le catalogue. Chouette :-(( Et l√† je dis "Dommage" car l'ancienne page du service archives pour tous √©tait vraiment un mod√®le d'√©rgonomie et de service dans le domaine du web public institutionnel (outre le fait qu'elle avait du co√ªter bonbon en conception).
Plus surprenant encore, alors que la puissance publique et les int√©r√™ts priv√©s passent leur temps √† sermonner / fliquer / terroriser l'internaute sur la reprise de contenus dont il ne d√©tiendrait pas les droits, l'INA-entreprise met √† disposition un corpus de spots publicitaires dont elle zappe carr√©ment les droits voisins au motif de zone grise (= "on savait bien qu'il eut fallu le faire, mais c'√©tait trop compliqu√© de retrouver tous les ayants droits") … pour le moins dommage.
Bref, je suis d√©√ßu. Tr√®√®√®√®s d√©√ßu. Non pas tant que l'INA joue √† plein sur son c√¥t√© entrepreunarial (√¥ tempora √¥ mores …) m√™me s'il me semble que l'INA est avant tout un EPIC (√©tablissement public √† caract√®re industriel et commercial), mais d√©√ßu de voir que la pr√©sence nouvelle de l'entreprise-INA sur le net soit infiniment moins efficace, conviviale et innovante que ne l'√©tait son ancienne pr√©sence d'institution publique.
Juste un autre exemple de ma déception : il faut désormais aller plonger en bas de page (sous la ligne de flottaison du navigateur), pour retrouver la fonctionnalité ("Mon parcours") représentant en vignettage le parcours de navigation personnalisé sur le site, ce qui n'a dès lors plus aucun intérêt.

Moteur de recherche de signaux

juillet 7, 2009

Les moteurs de recherche sont les premiers auxiliaires de notre acc√®s au net. Ceux-ci comptent d√©j√† nombre de profondes mutations, tant en terme de technologie qu'en terme de mod√®le √©conomique et de poids sur des pans entiers de l'activit√© du "monde r√©el". Ils ont successivement jou√© le r√¥le : 

  • de moteurs d'acc√®s √† des contenus,
  • d'indicateurs de popularit√© des m√™mes contenus (algorithme PageRank),
  • de moteurs de recommandation et de suggestion (fonction "refine search", auto-compl√©tion, etc …)
  • d'outils d'indexation en temps r√©el (World Live Web)
  • pour derni√®rement int√©grer progressivement un part de plus en plus importante de s√©mantique dans l'affichage (microformats) et dans la recherche des contenus (web s√©mantis√©),
  • tout en restant focalis√©s sur le carr√© magique des usages du web (Shopping. Health. Travel. Local), en valorisant et mon√©tisant au maximum les requ√™tes transactionnelles.

Les mêmes moteurs subissent aujourd'hui une double mutation : celle de l'indexation des profils (la jonction entre moteurs de recherche et réseau sociaux se fera sans aucun doute très prochainement, posant le double problème d'un pan-catalogue des individualités humaines et de la pertinence des profils), et celle de l'indexation du micro-net et de ses micro-contenus (Twitter notamment). Là encore, et indépendamment de la sauce économique à laquelle elle s'accomodera (rachat, intégration), l'intégration de ces micro-contenus ne laisse aucun doute. Elle a d'ailleurs déjà commencée :

L'intégration se fera donc. La question est de savoir comment et pourquoi.
Sur le comment, globalement deux stratégies sont possibles : soit en "isolant" les tweets dans une partie dédiée du moteur de recherche (ce que fit Google avec les blogs en leur réservant un moteur dédié : blogsearch.google.com), soit en les intégrant et en les mixant à l'ensemble des autres résultats. La tendance étant massivement à la recherche universelle et à la fusion de l'ensemble des résultats de recherche, on peut légitimement supposer que c'est la première voie qui sera retenue.
Oui mais √† vouloir tout mixer (contenus web, micro-messages, vid√©os, news, images …) on risque la confusion et cela n√©cessite un art av√©r√© de l'interfa√ßage (la fameuse "User Experience"). Il est donc √©galement probable que la seconde strat√©gie soit finalement retenue (= isoler ces contenus dans un onglet et/ou un espace d√©di√©). Bref, on n'en sait rien et on attendra de voir.
Sur le comment toujours, mais dans son versant technique, là encore on notera deux possibilités : soit intégrer progressivement les tweets de quelques comptes (personnes, entreprises ou institutions) "labellisés" comme influents (l'approche qu'à visiblement choisi Microsoft). Soit (ce que fera certainement Google), appliquer la mécanique bien rôdée du PageRank aux Tweets de la même manière qu'aux autres contenus mais avec des niveaux de pondération légèrement différents : les backlinks (liens entrants) pouvant être "remplacés" par les RT, la popularité d'un compte Twitter étant aisément repérable au seul nombre de ses "followers" ou à la mention de son nom (précédé de l'arobase) dans l'ensemble des Tweets.
Des moteurs de recherche aux moteurs de signaux.
Ce qui est aujourd'hui en train de changer dans les notre expérience quotidienne des moteurs de recherche c'est la nature même de la relation qui nous lie à eux. Ils ne sont plus les seuls intermédiaires du début, entre "nous" et "des" contenus. Ils sont devenus des auxiliaires, des adjuvants, des assistants personnels à l'omniscience de plus en plus pregnante (via la personnalisation et la dérive des continents documentaires). Demain, quand l'intégration du micro-net sera passée dans les usages courants (comme l'est l'intégration des news, des vidéos ou des images), demain nous les utiliserons non plus comme moteurs de recherche mais comme moteurs de signaux. Nous n'y chercherons plus des contenus (c'était hier), nous n'y attendrons plus simplement une recommandation et une logique de prescription (c'est aujourd'hui), mais nous voudrons y trouver une qualification de ces contenus. Une qualification qui se voudra la symbiose entre des métriques sociales et comptables.
Un petit Tweet pour un grand bouleversement ?
C'est aux moteurs capables de nous livrer la meilleure qualification que nous souscrirons. Pour y parvenir, la prochaine mue des moteurs de recherche en fera des moteurs de signaux (un Tweet, une modification d'un profil, d'un statut …). Et particuli√®rement de signaux "faibles". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si en √©voquant les projets de Google en la mati√®re (lancement d'un service de Microblogging search), Marissa Mayer parle de "Clues" (indices) et rapproche cela du Google Trends (tendances). Indices, tendances, signaux. Le meilleur moteur sera celui capable de rep√©rer ces signaux faibles. Ce qui  – si mon analyse est av√©r√©e … – serait √† l'√©chelle de l'histoire des moteurs, un gigantesque bouleversement. L'ensemble des moteurs fonctionnent en effet aujourd'hui sur leur capacit√© √† ent√©riner des signaux forts. Toute leur algorithmie est ainsi pens√©e : afficher dans les premiers r√©sultats les sites/articles/contenus les plus visibles, les plus cit√©s, les plus comment√©s, les plus d√©battus, les plus li√©s. Depuis l'invention de la bibliom√©trie dont les fondements ont √©t√© impl√©ment√©s dans l'algorithme du Pagerank, toute l'histoire des moteurs de recherche (et du succ√®s de Google) se tient dans leur capacit√© √† isoler le plus pregnant, le plus visible, le plus "√©merg√©". Une visibilit√© que nous ne pouvons bien s√ªr pas "oculairement" percevoir, mais qui est (relativement) simple, limpide, perceptible et "r√©v√©lable" pour les crawlers du web, comme les ph√©romones sont naturellement perceptibles aux fourmis. Demain, il leur faudra tr√®s probablement √™tre capables de faire l'inverse avec les m√™mes crit√®res d'excellence : c'est √† dire continuer de jouer leur r√¥le de localisation de sources (plus personne ne retient aujourd'hui l'adresse d'un site, on tape son nom dans Google et Google, "bookmark" universel, nous livre aussit√¥t l'adresse du site) ET √™tre √©galement capables de remonter des signaux faibles, c'est √† dire des occurences documentaires √† faible pertinence absolue mais √† forte pertinence relative.

La réalité est pourtant plus compliquée que cela. S'il est vrai que les moteurs de recherche, dans l'héritage de la bibliométrie, ont pour but d'isoler les figures et les contenus les plus "marquants", la bibliométrie (et les moteurs de recherche) a également pour fonction de révéler les réseaux de citation et de collaboration, à savoir ces auteurs, ces contenus nettement moins cités ou liés mais qui, parce qu'ils sont à un moment ou à un autre "associés" aux plus cités, acquièrent une pertinence nouvelle. Il en ira de même pour la collecte de ces signaux faibles. La révélation et l'analyse de leur pertinence aura partie liée avec les contenus et les autorités déjà constitué(e)s, déjà repéré(e)s. En cela, les réseaux sociaux et les sites de micro-blogging constituent de précieux outils de repérage.

Alors quoi ? Alors il est très probable que la prochaine bataille de la pertinence, intégrant le micro-net et ses propriétés spécifiques (fragmentation accrue de ses contenus + "autorités" de plus en plus diluées), se jouera juste en dessous de l'habituelle ligne de flottaison des navigateurs, ligne en dessous de laquelle l'essentiel des internautes ne descend presque jamais consulter les résultats, mais ligne en dessous de laquelle se niche et se nichera toujours davantage la réelle pertinence des résultats, c'est à dire l'adéquation existant entre les signaux faibles détectés et leur corrélation aux contenus et aux autorités les plus saillantes assignées à la requête. Une pertinence qui instrumentalise une apparente sérendipité comme premier auxiliaire de la recherche

Boire le Calice (68) jusqu’√† la lie.

juillet 7, 2009

Il des fois où l'on se dit en découvrant un outil, que "Ah ben voilà. C'est exactement comme ça qu'il faut faire. Y'a pas à chercher plus loin, faudrait que tout le monde ait le même." C'est ce qui m'est arrivé en découvrant Calice68, portail des bibliothèques du Haut-Rhin. C'est propre, c'est efficace, c'est complet, c'est convivial, c'est "2.0" mais pas trop, y'a des tags pour faciliter la recherche, une navigation à facette (suggérée et non-imposée) pour faciliter les découvertes, la possibilité de consulter les avis des bibliothécaires mais aussi des lecteurs et même ceux d'Amazon (directement importés depuis le site), et tant d'autres choses encore. C'est franchement bluffant. Et c'est avec une belle unanimité que le jury souverain composé essentiellement de moi-même, décerne à Xavier Galaup, initiateur (et maître d'oeuvre ?) du projet, le grand prix du CCCP (catalogue collectif convivial partagé).
N'y manque plus (√† moins que je ne l'ai rat√© …) qu'un acc√®s direct depuis chez soi √† des fonds num√©riques, via par exemple sa carte de lecteur, comme c'est d√©j√† la cas √† La Roche sur Yon.

Twitter : le hi√©ratique contre le hi√©rarchique.

juillet 5, 2009

Le monde comme il Twitte.
J'utilise Twitter depuis quelques mois. Je n'ai encore pas publi√© de billet au sujet de ce "nouveau" moyen de communication "temps r√©el", mais la blogosph√®re regorge d'analyses sur le ph√©nom√®ne embl√©matique de la statusph√®re. Comme pour la derni√®re "killer-app" rapidement √©rig√©e en ph√©nom√®ne de soci√©t√© (il s'agissait de Facebook), on sp√©cule aujourd'hui autour de Twitter, tant√¥t annonc√© comme "r√©volutionnant l'information", tant√¥t devant √™tre rachet√© par Facebook ou Google, tant√¥t nouveau h√©raut de la figure du pro-am. Par ailleurs, aujourd'hui tout le monde est "sur" Twitter : des minist√®res, des administrations des politiques, des universit√©s, des profs (les "tweeatchers"), des √©tudiants, des journaux, des journalistes … (sur la dimension acad√©mique de Twitter, voir la diapo 39 de mon intervention aux RPIST).
Twitt à Saint-Tropez.
Le monde se twiterrise et Le Monde rend compte de la twitterisation du monde. Pas une catastrophe, pas un séisme, pas un crash d'avion, pas un scandale, pas une élection politique, qui ne soit d'abord révélés et relayés "sur" Twitter. Dernier séisme en date, la mort de M.Jackson qui faillit à elle seule faire s'effondrer les serveurs de la planète (ceux de Google en tête, ce dernier croyant être victime d'une attaque devant la multiplication des requêtes et des twitts sur MJ).
WTF. Wikipédia, Twitter, Facebook : What the fuck ?
De Wikipédia (pilier d'une révolution cognitive, d'un nouveau rapport au savoir) à Facebook (pilier d'une révolution de l'intime, d'un nouveau rapport à notre "identité" en ce qu'elle à d'intime, de public et de privé), de Wikipédia à Facebook il manquait un élément. Celui d'une primo-conversation, une conversation essentielle, planétaire, synchrone, instantannée. Au mieux comme une gigantesque iségoria, au pire comme un aliénant café du commerce. La première victoire de Twitter, c'est d'être devenu (comme Wikipédia et Facebook), un révélateur. Un "corpus", un sujet d'étude scientifique. WTF sont autant de moyens pour les chercheurs (en sciences sociales notamment) de sonder le monde, de disposer d'un formidable terrain d'expérimentation pour qualifier les changements en cours de l'ère numérique. L'une des dernières études scientifiques sur Twitter est celle menée par deux étudiants de Harvard, étude à partir de laquelle Jean-Michel Salaun a bien souligne les effets d'écho entre les usages de Twitter et ceux de Wikipédia, notamment le fait que "la répartition des contributions sur Twitter est plus concentrée que sur Wikipédia, même si Wikipédia n'est pas un outil de communications. Ceci implique que Twitter ressemble plus à un outil de publication unidirectionnel qu'à un réseau de communication pair à pair."
De la hiérarchie à l'hétérarchie.
L'information est brute. Les industries de l'information ont pour métier d'y mettre de l'ordre, par le biais de l'angle choisi pour les "sujets" et par les "choix" éditoriaux. Bref l'industrie de l'information tout entière (de la presse magazine aux moteurs de recherche) est d'abord une industrie de la hiérarchisation.
Avec Twitter, ce qui domine de prime abord c'est l'aspect profondément hétérarchique, à plat, de l'information qui y circule. On parle d'hétérarchie à partir du moment où, dans une organisation, il n'y a pas de "niveau supérieur". C'est Warrren Mc Culloch, l’un des premiers cybernéticiens, qui avait créé ce terme pour décrire certains programmes informatiques. Twitter est donc, de prime abord, une hétérarchie : pas d'éditorialisation, pas de "niveau supérieur" de l'information. Donc, Twitter est littéralement illisible. Parce que sa nature est précisément de ne pas vouloir "mettre en ordre". De ne pas vouloir hiérarchiser. Et pourtant Twitter est lu. Lu par la planète entière et notamment par les médias de l'industrie de la hiérarchisation qui y puisent informations, faits, témoignages, alertes, signaux.
Quel est l'ordre de Twitter ?
Si Twitter est lu (et utilisé) par chacun d'entre nous c'est parce qu'il est néanmoins capable de briser son hétérarchie pour lui donner de la profondeur, et pour se servir de cette profondeur comme d'une hiérarchie. La plupart des medias sociaux utilisent une technique d'éditorialisation déjà largement théorisée en informatique et en sciences sociales : il s'agit de celle du filtrage collaboratif. Les moyens et les instanciations de cette technique sont innombrabbles mais son mécanisme est immuable : on agence l'information, on construit collectivement les hiérarchies éditoriales en fonction du nombre de votes (ou de liens, ou de signalements, ou de mots-clés, ou de folksonomies, ou de Hashtags) vers cette information à l'intérieur d'une communauté d'usage, et ce de manière dynamique (ré-agencement perpétuel) ou statique (à un moment donné). Le filtrage collaboratif, très utilisé notamment dans des systèmes d'information "clôts" (en entreprise par exemple) a changé de nature dès qu'il s'est retrouvé sur le web, et ouvert à des communautés pouvant compter plusieurs millions de membres. Mais revenons à Twitter. L'éditorialisation de Twitter, son filtrage collaboratif, sa profondeur hiérarchique, c'est la capacité que nous avons de construire notre communauté de Followers (littéralement suiveurs) et de décider nous-mêmes des personnes ou des thèmes que nous voulons suivre. C'est là le seul moyen de garder le contrôle et de n'être pas totalement submergé par le flot flux. Mais on le voit, il ne s'agit pas réellement de hiérarchisation (qui s'appuie sur une verticalité) mais plutôt de périphérie, d'horizontalité du cercle de suivants/suiveurs dont et avec lesquels nous décidons de tenir conversation.
De l'hétérarchie au hiéroglyphes.
Twitter débarque donc. Comme tout média, il le fait avec ses codes. Les adeptes de l'IRC des débuts se souviennent des différents modes, des différentes commandes. Les codes de Twitter sont épurés. Mais il n'en restent pas moins déroutants pour le novice : ce sont les fameux Hashtags, mots-clés précédés d'un signe dièse "#" qui pourront être agrégés pour structurer (et non hiérarchiser) une actualité (exemple, le Hashtag pour parler de la mort de M. Jackson était " #MJ "), ou bien encore des RT, ces renvois de Twitts, dans lesquels l'acronyme initial "RT" signale que l'on est en train de reprendre une information (un Twitt) déjà publiée (lequel RT est en général suivi du nom Рprécédé d'une arobase Рdu compte Twitter d'où l'on reprend l'info). Ajoutons-y la limitation des messages à 140 caractères et la retraduction systématique des adresses web en des versions abrégées (et donc illisibles), et nous obtenons le genre de truc suivant :

  • "affordanceinfo @sarko @carla RT "MJ est mort" http://bit.ly/Y45brt #WE √† eurodisney #MJ #bambi #premierevictimedefredericmitterand"

Soit, vous en conviendrez, pour un individu lambda non adepte ou non-initié auxdits codes, un léger côté hiéroglyphique pour une info ainsi normalement traduisible en langage courant :

  • Olivier E affordanceinfo signale √† ses amis Nicolas et Carla @sarko @carla, que Michael Jackson est mort "MJ est mort", info qui circule actuellement partout RT et qui est v√©rifiable √† l'adresse http://www.europe1.fr/Michael-Jackson-des-millions-de-fans-pour-un-dernier-hommage/ http://bit.ly/Y45brt, et info qu'il associe spontan√©ment # au souvenir que ses amis gardent de leur dernier week-end √† Eurodisney #WE √† eurodisney, tout en s'interrogeant pour savoir s'il existe un rapport de causalit√© directe entre la mort du chanteur et l'arriv√©e de Fr√©d√©ric Mitterand au Minist√®re de la Culture #premierevictimedefredericmitterand". 

Des hiéroglyphes au hiératique. Twitter ou les stratégies d'évitements de la lecture industrielle.
Ainsi Twitter, dans son affichage, dispose bien d'une dimension hi√©roglyphique (pour le profane – qui s'en trouve d√©sorient√© -  comme pour l'initi√© – qui les manipule sans difficult√©s). Mais ce qui est le plus int√©ressant dans Twitter, ce sont les strat√©gies qu'il met en place pour g√©rer l'infob√©sit√© accrue par le temps r√©el sur lequel il s'efforce de se caler, et ce sans jamais faire appel √† de classiques techniques de hi√©rarchisation (cf supra) mais en pr√©f√©rant faire appel √† des strat√©gies visuelles, cognitives et scripturales d'√©vitement, de substitution.
Premier exemple : l'utilisation du RT, ou le fait de Re-Twitter une information (un autre Twitt). Il ne s'agit pa là de créer volontairement de la redondance (même si cela y revient in fine) mais bien plutôt de qualifier l'importance d'une information et contribuant à son effet de masse. Traduisez : si je retwitte cette info, c'est qu'elle m'apparaît importante/intéressante. Le fait de la re-twitter vise donc d'abord à lui donner du poids, pour lui permettre d'émerger de l'ensemble. Et l'on retrouve ici cette verticalité, cette hiérarchie qui semblait faire défaut à Twitter.
Deuxième exemple : les Hashtags. Ceux-ci sont le strict équivalent des Folksonomies, c'est à dire un processus de classification collaborative par des mots-clés librement choisis, mots-clés qui, comme pour les folksonomies peuvent aller de l'explicite Р#iran-elections Рà l'allusif Р#MJ (pour Michael Jackson) -, voir au simplement farfelu Р#slipsurlatête Рou à l'égocentré Р#danielprendlepouvoir.
Troisi√®me exemple : la repr√©sentation (cartographique ou imag√©e), la mise en sc√®ne visuelle. C'est l√† le plus r√©v√©lateur. Les accrocs √† Twitter ne peuvent tr√®s longtemps sa satisfaire d'une nombre de followers limit√©, eux-m√™mes ne peuvent se r√©soudre √† brider le nombre de comptes qu'ils souhaitent suivre en temps r√©el. Ils n'ont alors pas d'autre possibilit√© que d'√™tre submerg√©s devant l'aspect invasif et ing√©rable de ce d√©ferlement. Ils passent dont par des applications tierces (Twitter en regorge … voir notamment le point III "Outils et services" de ce billet) qui permettenr de visualiser les "points chauds" de Twitter, que ces points chauds soient th√©matiques ("je cherche de quoi on parle beaucoup en ce moment"), conversationnels ("je cherche les gens qui parlent le plus et/ou le mieux de ce qui m'int√©resse), ou chronologiques ("je cherche de quoi on a perl√© dans les derni√®res minutes, la derni√®re heure, ou la derni√®re semaine). Un seul exemple (au nom programmatique) dans cette derni√®re cat√©gorie : le site Twitter for busy people.
Moralité : par sa limitation en nombre de caractères, par les codes scripturaux et les interfaces de vidsualisation qu'il utilise, Twitter travaille sur la dimension hiératique de la conversation comme vecteur d'information.
La définition que le Littré donne su terme hiératique est la suivante (il s'agit de la troisième acception du terme) : "Écriture hiératique, signes
hiératiques, écriture cursive, qui est une abréviation de l'écriture
hiéroglyphique et dont les signes sont dérivés, signe à signe, des
caractères hiéroglyphiques.
" Définition ainsi complétée par Wikipédia : "L'écriture hiératique est en fait le deuxième niveau de simplification des hiéroglyphes, le premier étant les hiéroglyphes linéaires,
qui sont des versions simplifiées des hiéroglyphes, mais qui gardent
leur valeur représentative. Les caractères hiératiques, eux, ne représentent plus des objets, mais uniquement des signes arbitraires à
la manière des lettres d'un alphabet.
"
Twitter ou l'√©criture hi√©ratique vue comme substitutive √† l'absence de possibilit√© de lecture hi√©rarchis√©e. D'autre part, et pour reprendre une analyse d√©j√† expos√©e ici, Twitter me semble, avec sa logique de "Followers",  √©galement embl√©matique d'un troisi√®me √¢ge de la navigation hypertextuelle, celui de la souscription.

Il y a plusieurs raisons au succès actuel de Twitter.

En plus de celles précédemment décrites, voici celles qui me semblent aujourd'hui essentielles :

  • Sa simplicit√©.
  • Sa portabilit√©. = il est ais√©ment d√©portable dans diff√©rents environnements (sous forme de widgets pour des site web ou de clients pour des navigateurs ou des t√©l√©phones portables, ou bien de mani√®re plus immersive, comme ce client qui sert du support aux conversations du jeux vid√©o World Of Warcraft)
  • Son effectivit√©. = sa capacit√© de r√©sonnance (lectures industrielles) et sa capacit√© √† cr√©er du lien (avec l'industrie de l'√©criture = les "grands" m√©dias).
  • Son affectivit√©. = Twitter utilis√© pour de petites conversations entre amis. Il s'agit bien ici de lien social.
  • Son unidimensionnalit√©. = Twitter ne contient que du texte, pas d'image, pas de son, pas de vid√©o.